Le Gadgetzan illustré n°2 – Feux croisés

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 Feux croisés entre démonistes

Méconnus, parfois méprisés, les démonistes souffrent d'une cruelle réputation. Surmontant tous les défis, notre envoyé spécial à Gadgetzan a rencontré quatre démonistes qui, oubliant guerre et rivalités le temps d'une interview, ont partagé leurs vision de l'Art sombre, leurs expériences et leurs colères.

 Une interview pas comme les autres...

« Gazbomb, nos lecteurs veulent savoir ce que pensent les démonistes, débrouille-toi ! ». Le message de Sténö Charrette était clair et voici pourquoi je me retrouvais sous le dôme de Gadgetzan face à quatre pratiquants du sombre art, les mystérieux démonistes.

Pour la première fois, deux démonistes de l'Alliance et deux démonistes de la Horde avaient accepté de nous révéler, en même temps, quelques-uns de leurs secrets. Jem, un humain, et Balthazar, un gnome, étaient tous deux arrivés par griffon. Grena, une orque, avait traversé à pied le redoutable désert de Tanaris. L'impressionnant marcheur éthéré qui l'accompagnait avait certainement contribué à lui assurer un voyage sans histoires. Quant à Suaire, un Réprouvé, c'est en montant un terrifiant cheval squelette qu'il s'était rendu à notre rendez-vous.

Les présentations s'étaient déroulées sans encombre – enfin, si on omet la colère de Grena lorsqu'elle avait découvert que j'avais aussi invité des démonistes de l'Alliance, détail que j'avais incidemment omis de lui préciser… Heureusement, la présence d'un service d'ordre gobelin connu pour sa tendance à ne pas faire dans le détail avait rapidement permis aux esprits échauffés de se calmer...

De l'origine des vocations

« Puisque nous voilà réunis entre gens posés et de bonne compagnie, commençai-je sans relever le reniflement appuyé de Grena, j'aimerais débuter en vous demandant ce qui vous a amené à embrasser la carrière de démoniste. Qui veut commencer à répondre ? Messire Balthazar peut-être ?
— Oh, moi, les circonstances, je présume. À l'époque – j'étais tout jeune – je travaillais pour mon oncle Gédéon à l'entretien du tram des profondeurs. Un soir, il m'envoya faire des courses, et je me perdis en chemin à Hurlevent. J'avisais alors une maison faiblement éclairée. Par ma moustache naissante, m'écriais-je, les braves gens qui vivent ici pourront sûrement m'indiquer le chemin. En fait de braves gens, je tombais sur un rituel sacrificiel mené par un certain Calder. Ayant vu ce qu'il ne fallait pas voir, je n'eus d'autre choix que d'embrasser leur cause... ou de mourir. Et voilà comment tout a commencé… »

Un rire amusé s'éleva alors, celui de messire Jem.
« Mon cher ami, il me semble que vous faites fi de tout ce que l'Ombre a pu vous enseigner jusqu'ici. Vous vous bercez d'illusions. Le hasard dites-vous ? Mais le hasard n'existe pas ! C'était votre destin, comme cela est le mien. On ne devient pas démoniste. On naît démoniste.
— Ca n'a pas dû être le cas de tout le monde », lançais-je en direction de Suaire.
Le regard glacial qu'il me lança m'apprit qu'il ne devait pas être sensible à l'humour gobelin. Le Réprouvé prit quelques secondes avant de lâcher un mot, glacial :
« La vengeance.
— Et vous, demoiselle euh… dame Grena ?
— Les orcs ne connaissent ni la pitié, ni la faiblesse, me répondit la démoniste d'une voix rauque. Seuls les plus forts survivent... J'étais déterminée à m'en sortir », dit-elle en découvrant des crocs jaunâtres.

De bien belles qualités

Mes invités se détendaient peu à peu, et j'enchaînais immédiatement.
« Quelle est, selon vous, la qualité qui fait un bon démoniste ?
— La volonté, répondirent en même temps Grena et Jem. L'orque et l'humain se jaugèrent quelques secondes, avant que ce dernier ne poursuive. Seule la volonté permet au démoniste de résister aux murmures de l'Ombre, et d'asservir ces puissantes créatures que sont les démons.
— La haine, affirma le Réprouvé. La haine est le meilleur des guides, et le plus sûr des boucliers.
— Mes éminents confrères négligent l'ouverture d'esprit, et la curiosité, interrompit Balthazar. La Ténèbre de l'Au-delà est remplie de merveilles, pour qui sait les dénicher. »

Pourquoi tant de haine ?

Le moment était venu d'aborder le cœur du sujet. Cherchant mes mots, car les démonistes ont la réputation de se vexer très facilement et d'être prompts au châtiment, je me tournais vers le Réprouvé.
« Messire Suaire. Comme vous le savez sans doute, les démonistes ne sont pas les gens les plus aimés d'Azeroth. On vous craint ou l'on vous méprise, mais vous ne laissez jamais indifférents. Qu'en pensez-vous ?
— Pendant des années, nous avons servi d'esclaves à la Légion ardente, me répondit Suaire. Puis la roue du destin a tourné, et les esclaves sont devenus maîtres. Je n'ai que faire de l'estime de ceux qui sont trop lâches pour regarder les démons en face.
— Bien parlé ! poursuivit Grena. Le mépris, voilà ce que je crache à tous ceux qui murmurent dans mon dos, mais qui se taisent lorsque je les toise.
— La Horde a toujours été forte pour les bravades, sussura Jem en passant une main gantée dans sa barbe. Mais pour une fois, elle n'a pas entièrement tort. S'il faut choisir entre être craint et être aimé, alors il vaut mieux être craint. »
Balthazar était penché sur le côté, écoutant ce que lui murmurait son diablotin à l'oreille. Sentant que tous les regards étaient posés sur lui, il se retourna vers nous, l'air étonné :
« Je me suis toujours demandé pourquoi les gardes de Forgefer me parlaient méchamment. Vous croyez donc que c'est pour ça ? »

Le déchaînement des passions

Je levais les yeux au ciel, et repris mes questions.
« En tant que démonistes, vous en appelez à des forces terribles, qui ont plusieurs fois fait basculer la destinée du monde. Vous ne craignez pas d'ouvrir un portail vers, euh… le Néant distordu, ou de céder aux tentations qui vous sont proposées ? demandais-je en jetant un regard appréciateur à la succube qui accompagnait Jem et me jetait régulièrement des œillades sans équivoque.
— La maîtrise de l'art sombre n'est pas à la portée du premier venu, répondit Jem. Seuls les plus doués, les plus forts devraient s'engager sur ce chemin sans retour. Mais la récompense est au bout.
— L'humain ne sait pas de quoi il parle, murmura le mort-vivant. Nous, les Réprouvés, sommes les seuls à savoir ce qui se trouve … de l'autre côté. Nul autre que nous ne devrait manipuler ces forces dangereuses…
— Mais qu'est-ce qu'il raconte, le cadavre ? intervint Balthazar. Ces êtres venus d'une autre dimension – je ne vois d'ailleurs pas pourquoi vous les appelez des démons, c'est très vexant pour eux – sont tout à fait passionnants. Ils ont mille et une découvertes à nous faire partager, et je ne vois pas pourquoi…
— La demi-portion à la tête remplie d'eau devrait surveiller son langage si elle ne veut pas finir en fragment d'âme ! cracha Grena, l'air mauvais.
— Dites donc, reprit Balthazar, ce n'est pas une espèce d'épouvantail à l'haleine de trogg qui va me… »

En quelques secondes, la tranquille interview se transforma en bataille rangée… Alors que les incantations démoniaques s'élevaient dans les airs, et que les premières malédictions prenaient forme, je me jetais dans un trou de sable, mes précieuses notes serrées contre moi. Avec l'arrivée des cogneurs, l'escarmouche se transforma en bataille rangée. Mais ma mission était remplie…

Gazbomb,
reporter au Gadgetzan illustré

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